Rue animée du centre historique de Naples

Naples est-elle dangereuse ? Mon avis après une dizaine de séjours

« Mais tu n’as pas peur d’y aller ? »

C’est la première question qu’on me pose dès que je dis que je pars à Naples. Avant même « qu’est-ce que tu vas visiter ». Mafia, vols, insécurité : la réputation colle à la peau de la troisième ville d’Italie, et elle empêche beaucoup de voyageurs de s’y rendre.

J’y suis allée une dizaine de fois. Voici ce que j’en pense, sans enjoliver ni dramatiser.

Ruelle de Naples avec du linge tendu et le Vésuve au fond

Naples est-elle dangereuse ?

Non, Naples n’est pas une ville dangereuse pour un voyageur. Après une dizaine de séjours sur place, je m’y sens plus en sécurité qu’en France. Les vrais risques sont les pickpockets, les arnaques touristiques et surtout la circulation. Les quartiers à éviter, Scampia et Secondigliano, sont loin du centre et ne concernent pas les touristes.

Pourquoi Naples a cette réputation ?

La réputation de Naples n’est pas née de rien. Elle vient de trois choses qui se sont additionnées. La Camorra, d’abord. L’organisation criminelle napolitaine existe et elle a marqué l’histoire de la ville, en particulier dans les années 1980 et 1990. Elle n’a jamais visé les touristes, mais son nom suffit à faire peur.

Les médias, ensuite. Gomorra, les reportages sur les quartiers nord, les images de rues jonchées de déchets pendant la crise des ordures. Ce sont des faits réels, mais montrés sans jamais dire de quelle partie de la ville on parle.

Et puis l’apparence. Naples ne ressemble pas à Florence ou à Sienne. Les façades sont abîmées, le linge sèche aux fenêtres, les scooters passent partout, ça crie dans les rues. Pour un visiteur habitué aux centres historiques lissés, c’est déroutant. Beaucoup confondent ce désordre avec de l’insécurité.

La première fois que je suis arrivée à Naples, j’ai cru débarquer dans un gros bazar. Des scooters partout, du linge tendu entre les immeubles, des gens qui s’interpellent d’un balcon à l’autre. En quelques heures, pourtant, j’avais déjà mes repères. Ce n’est pas du désordre, c’est un bazar organisé, avec ses règles à lui. Ce qui m’a le plus marquée, c’est autre chose. J’ai fait la plupart de mes repas seule, dans des trattorias où je ne connaissais personne. Pas une fois on ne m’a abordée, dévisagée ou dérangée pendant que je mangeais. Jamais.

Depuis, j’y suis retournée une dizaine de fois, et je n’ai toujours croisé personne qui m’ait manqué de respect.

Les 4 vrais risques à Naples

Comme dans toute grande ville, le nombre d’habitants fait mécaniquement monter le risque. Mais soyons précis : trois de ces quatre risques existent aussi à Paris, Barcelone ou Rome. Le quatrième, en revanche, est bien napolitain.

Les pickpockets

Ce n’est pas un mythe. Dans les transports, sur les marchés, dans les rues bondées du centre historique, le vol à la tire existe. Comme dans le métro parisien ou sur les Ramblas à Barcelone. Un sac qui se ferme, le téléphone rangé, un coup d’œil autour de soi : les mêmes réflexes que partout suffisent.

Je vais être franche : en une dizaine de séjours, je n’ai jamais rien eu. Ni vol, ni tentative, ni même ce moment désagréable où l’on se sent suivi. Et j’y suis allée seule, en couple et en groupe. Ça ne veut pas dire que ça n’arrive jamais. Ça veut dire que ce n’est pas l’expérience courante d’un voyageur à Naples, contrairement à ce que sa réputation laisse croire.

Les vols à l’arraché

Je n’ai jamais assisté à un vol à l’arraché à Naples. Aucun de mes voyageurs ne m’en a rapporté non plus. En revanche, j’ai des proches à qui c’est arrivé en France.

Ça ne veut pas dire que le risque est nul à Naples. Ça veut dire qu’il n’est pas plus élevé qu’ailleurs, et que le réflexe à adopter est le même partout : ne pas téléphoner en marchant le long de la chaussée, et ranger son portable avant de sortir d’une station de métro.

Les arnaques touristiques

Elles existent à Naples comme dans toutes les villes très visitées. La bonne nouvelle, c’est qu’elles se repèrent facilement quand on connaît les trois classiques.

Et dans tous les cas, demandez le détail de l’addition avant de payer. Les serveurs repèrent immédiatement les touristes français, et il arrive que des lignes s’ajoutent. Personnellement, ça ne m’est jamais arrivé, mais je connais des voyageurs à qui c’est arrivé. Prenez trente secondes pour relire, plutôt que de tendre votre carte sans regarder.

La circulation

Celui-là, oui, il est réel. Et c’est le seul vraiment napolitain. Ne louez jamais de voiture pour circuler dans Naples. Vous pouvez dire adieu à votre caution, et vous passerez votre séjour à chercher une place plutôt qu’à visiter. Pour traverser, il faut comprendre une règle locale : les voitures ne s’arrêtent pas parce que vous attendez. Il faut avancer d’un pas décidé, la main levée en direction des conducteurs. Ils s’arrêtent. Tant que vous restez sur le trottoir à espérer un geste, vous y êtes encore dans une heure.

Ma première traversée, j’ai cru y laisser ma peau.

À Naples, un passage piéton ne veut rien dire. Personne ne s’arrête, ni les voitures ni les scooters. Et si un conducteur a l’amabilité de vous laisser passer, il se fait klaxonner par toute la file derrière lui. La technique, c’est celle-ci : vous levez la main, vous regardez le conducteur droit dans les yeux, et vous avancez. Pas en hésitant, franchement. Ça marche à tous les coups, surtout si vous êtes avec des enfants. Tant que vous restez sur le trottoir à espérer un geste, vous y êtes encore dans une heure.

Attention aussi aux feux piétons. Certains scooters ne les respectent pas, mais surtout le vert dure très peu de temps. Il faut presque courir pour finir la traversée.

Rue en pente dans les Quartieri Spagnoli

Les quartiers à éviter à Naples

Deux quartiers seulement sont réellement à éviter : Scampia et Secondigliano, dans le nord de la ville.

Et je vais être honnête : la question ne se pose même pas. Ils sont loin du centre, il n’y a rien à y voir pour un visiteur, et aucun hébergement touristique ne s’y trouve. Vous n’avez aucune raison d’y mettre les pieds.

Pour les abords des gares, je déconseille d’y loger. Ce n’est pas qu’on y risque quoi que ce soit, mais l’ambiance y est bruyante et peu agréable le soir. Vous y passerez de toute façon pour prendre le train vers Pompéi ou Sorrente, et de jour il n’y a rien à craindre.

Et les quartiers espagnols ?

C’est le quartier qui inquiète le plus, et celui que je recommande le plus.

Les Quartieri Spagnoli ont eu une réputation sulfureuse, mais c’était il y a longtemps. Aujourd’hui, on s’y promène sans aucun problème, de jour comme en soirée. J’y ai dîné plusieurs fois et je n’ai jamais eu la moindre inquiétude au moment de rentrer. Je ne me balade pas à trois heures du matin, mais ça vaut pour Naples comme pour n’importe quelle ville.

C’est un quartier résidentiel, et c’est justement ce qui le rend intéressant : ce sont des Napolitains qui y vivent. Mon conseil, c’est de vous y perdre. La plupart des visiteurs viennent photographier la fresque de Maradona et repartent. Elle vaut le détour, mais c’est l’endroit le plus fréquenté du quartier. Le reste est bien plus intéressant.

Un après-midi, en me promenant dans une ruelle, un vieux monsieur m’a abordée pour me demander ce que je faisais là. On a fini par discuter un bon moment : il rentrait des courses. Dans un italien approximatif de mon côté, parce que je ne parle pas napolitain. C’est ce genre de rencontre qu’on ne fait nulle part ailleurs à Naples.

On peut aussi y loger, il y a quelques locations. C’est très central et vraiment unique. Une seule chose à savoir : ça grimpe sérieusement dans certaines rues.

Ruelle du quartier Espagnol à Naples

Dans quels quartiers loger à Naples ?

Quatre quartiers que je recommande pour un séjour :

  • Le centre historique, pour être au cœur de tout et rentrer à pied de partout
  • Chiaia, plus élégant et plus calme, avec les boutiques et les bars
  • Le Vomero, sur les hauteurs, aéré et résidentiel, relié au centre par les funiculaires
  • Le Lungomare, en bord de mer, pour la vue sur le Vésuve et le Castel dell’Ovo

Personnellement, je loge dans le centre historique. C’est ce que je recommande pour un premier séjour : on rentre à pied de partout et on est au cœur de la ville.

Chiaia, Mergellina et le Vomero deviennent intéressants dans deux cas. Si vous restez longtemps, disons au moins dix jours, vous gagnerez en confort à sortir un peu de l’agitation. Et si vous voyagez avec de jeunes enfants, ces quartiers sont nettement plus adaptés que le centre historique : moins de foule, moins de scooters, des rues plus larges.

5 conseils pour visiter Naples en toute sécurité

  • Choisissez votre logement en fonction de votre itinéraire, pas seulement du prix. Un hébergement mal placé vous fera perdre du temps et vous fatiguera.
  • Adoptez les réflexes de n’importe quelle grande ville. Ne vous aventurez pas à trois heures du matin dans une rue qui ne vous inspire pas confiance. Ni à Naples, ni à Paris.
  • Prenez un sac qui se ferme, avec vos papiers à l’intérieur. Gardez un œil sur votre téléphone, surtout dans la foule.
  • Restez attentive dans le métro et le bus. Les pickpockets y opèrent partout dans le monde.
  • Laissez vos bijoux à la maison. Inutile d’attirer le regard.

Questions fréquentes

Alors, faut-il aller à Naples ?

Oui. Et si vous ne deviez retenir qu’une chose de cet article : la peur de Naples coûte plus cher que Naples elle-même. Elle prive de la plus vivante des villes italiennes.

Si j’y retourne, c’est qu’on ne s’en lasse pas. Naples bouillonne. Il y a toujours quelque chose à découvrir, un musée qu’on n’avait pas fait, une rue qu’on n’avait pas prise. La ville est d’une richesse culturelle folle, et je ne parle même pas de ce qu’il y a autour. C’est aussi là qu’on mange la vraie pizza napolitaine. Pas une bonne pizza : la vraie. Et puis il y a les gens. Chaleureux, accueillants, curieux de vous. C’est ce qui reste quand on rentre.

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Charline devant la baie de Naples et le Vésuve

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